La débâcle

15 juin 2009

En mars dernier, je me suis trouvée sur le lieu d’un suicide. Je longeais le fleuve en ski de fond et je me suis arrêtée pour observer la force des rapides, impressionnants dans la débâcle. Quelques retraités étaient là, à la pointe de la presqu’île, méditant sur la beauté du paysage.

Sur le talus enneigé, des pas profonds ont attiré mon attention. Au bout de ce sens unique terrifiant, une demi-lune taillait dans la neige un siège à la lisière de l’eau. On y distinguait encore la forme de deux cuisses. J’ai imaginé la brûlure glacée sur les jambes qui avaient dû s’enfoncer dans le courant. À un mètre et demi en aval de la première empreinte, dans le fragile pavé blanc, deux mains avaient mordu la bordure gelée. La première franchement; la deuxième du bout de la mitaine. Au large des pas, une épitaphe succincte avait été tracée dans la neige : 1991-2009

Cette image me hante. Je suis retournée sur la presqu’île quelques fois, mais j’évite son nord-est. Quand je vois des débris sur le fleuve, j’imagine inévitablement un cadavre. Je me dis que, fatalement, c’est lui qui me retrouvera.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.